Black Lives Matter : pour les écologistes, le silence ne doit plus être une option Article écrit par Julien Didier pour Mycelium


Ce confinement et les nombreux événements ici en Belgique et partout dans le reste du monde, exacerbe les inégalités criantes et systémiques et révèle selon nous l’urgence de se positionner face à ce qui nous arrive. En ce sens, nous pensons important de vous relayer comme pépite pour ce mois-ci la réfléxion étoffé de Julien Didier du réseau Mycelium. Comme le dit Djamila Ribeiro, féministe noire, chercheuse en philosophie politique et activiste : "Le silence rend l’individu éthiquement et politiquement responsable de la perpétuation du racisme. Le changement dans la société ne se fera pas uniquement avec des dénonciations, ou la répudiation morale du racisme : il dépend avant tout, de postures à prendre et de l’adoption de pratiques antiracistes." 


Crédit photo (ci-dessus) :Thomas Baudouin - Wide Open.


Source de l’article, site de Mycelium : ici



"Face à l’indignation généralisée causée par la mort de
George Floyd et aux mobilisations importantes ayant lieu aux États-Unis
et dans le monde, nous voulons questionner le silence de beaucoup de
mouvements écologistes au sujet des questions de racisme et de violences
policières. Plus qu’un soutien timide, il est nécessaire selon nous que
les mouvements écologistes apprennent à se positionner sur ces
questions et à prendre part activement à la lutte contre le racisme,
mais sans y voler la place des personnes concernées. Voici pourquoi.


Vous avez difficilement pu rater l’information : le 25 mai dernier,
George Floyd était assassiné à Minneapolis par un policier le maintenant
à terre jusqu’à l’étouffer et le tuer. Ce crime n’est malheureusement
qu’un seul cas parmi un longue liste de personnes noires tuées aux
États-Unis par la police, après Breonna Taylor, Tony McDade, Ahmaud Arbery et bien d’autres avant elles et eux.


Mais celui-ci a été le déclencheur d’une vague d’indignation et de protestation très forte aux États-Unis,
d’énormes manifestations et mouvements de révolte ont lieu dans plus de
300 villes américaines dans les 50 états. Au nom du slogan et du
mouvement Black Lives Matter, ces millions de personnes demandent que
justice soit faite et que cessent les crimes répétés et impunis contre
des personnes noires,
qui font face à un risque d’homicide par la police beaucoup plus élevé que le reste de la population.


Alors que de très nombreux mouvements sociaux à travers le monde ont montré leur soutien au mouvement Black Lives Matter, on
peut observer un silence assez important dans les mouvements
écologistes, peu habitués à parler de violences policières ou de racisme
systémique
. Pourtant, nous pensons que rester silencieux.se.s
face à ces questions n’est plus une option, y compris lorsque notre
engagement social se concentre sur les questions écologiques et
peut-être surtout pour cette raison.

Derrière un soutien de façade, la difficulté à réellement prendre position


Beaucoup de militant.e.s écologistes se considèrent
« progressistes », se proclament en soutien d’une plus grande égalité et
contraires aux idéologies racistes et suprémacistes. De même, les
mouvements écologistes ne sont en général pas considérés a priori comme
étant hostiles à la lutte contre le racisme, hormis des franges conservatrices ou réactionnaires dont il ne faut pas nier l’existence et la capacité de nuisance.


Pourtant, il est encore souvent compliqué d’obtenir des
prises de position claires au sein de beaucoup de mouvements et
d’organisations écologistes ou environnementalistes
et les
personnes qui tentent de faire bouger les lignes font souvent face à des
arguments tels que « ce n’est pas notre priorité principale », « ça
risque de diviser nos membres », « l’écologie doit être un combat pour
tout le monde », « c’est évident qu’on n’est pas racistes » ou encore
« oui c’est important, mais la réelle urgence c’est le changement
climatique ».


Le débat en restera souvent là, surtout quand la question n’est
soulevée qu’à l’occasion d’événements faisant la une de l’actualité,
tels que la mort de Georges Floyd ou des insultes lors d’un festival de
musique, puisque, depuis la perception des personnes qui n’en font pas
l’expérience, en-dehors de ces événements épisodiques, le racisme
n’existe pas au jour le jour.


Selon nous, plus qu’un problème de priorité dans l’agenda, il apparait à travers ces attitudes que nos
mouvements sont en fait au mieux ignorants ou au pire mal à l’aise avec
la question du racisme, quand il ne contribuent pas eux-même à
invisibiliser la lutte antiraciste
comme lors de l’action
« Occupy for Climate » organisée en dernière minute le même jour que la
manifestation nationale contre le racisme, en mars 2019. On peut aussi y
déceler la peur d’offusquer une partie de nos bases militantes, qui se
pense sans doute ouverte d’esprit mais qui sera vexée lorsqu’on aborde le privilège lié au fait d’être blanc.he
ou aura des difficultés à concevoir l’importance de combats
antiracistes actuels, tels que la dénonciation du racisme derrières des
figures folkloriques et carnavalesques, le démontage de statues
glorifiant l’histoire coloniale de la Belgique ou la lutte contre les
violences policières auxquelles sont confrontées les personnes racisées
(c’est-à-dire qui sont victimes de racisme).

L’écologie sans l’antiracisme, un non-sens


En choisissant de ne pas parler de cette question, nous nous tirons pourtant une balle dans nos pieds écologistes, car nous
ne comprenons pas à quel points les causes écologistes, décoloniales et
antiracistes sont liées à leurs racines, pour trois raisons au moins
.


Premièrement, quand nous critiquons les modèles de développement
capitalistes et fondés sur la croissance comme étant les principaux
responsables des crises écologiques, nous oublions trop souvent que le capitalisme n’a pu mener une telles entreprise de destruction qu’en étant étroitement lié à la colonisation et l’exploitation de peuples et des territoires hors de l’Europe. Malcolm Ferdinand rappelle ainsi dans son essai « une écologie décoloniale »
à quel point il est important de comprendre que les racines de la
destruction écologique se trouvent dans le développement d’un « habiter
colonial » de la terre, qui réduit la terre, les femmes et les
populations non-blanches à l’état d’objets pour se permettre de les
exploiter. La colonisation a engendré la déforestation des forêts
tropicales, l’exploitation de millions d’êtres humains, le développement
de monocultures intensives et a posé les bases actuelles de la
mondialisation. Pour justifier cette entreprise de domination, il
fallait aussi un argument civilisationnel, et c’est à ce moment que le racisme moderne a été construit comme un système de valeur permettant de justifier la domination et l’exploitation des populations réduites en escalavage. 


Deuxièmement, par son ambition universaliste, l’écologie (et encore
plus les mouvements de luttes climatiques) se veut une cause qui
concerne l’entièreté de la population, puisque nous serions « tous dans
le même bateau » face aux catastrophes écologiques et climatiques.
Cette lecture de la situation se veut certes altruiste, mais elle
occulte le fait que les catastrophes écologiques frappent toujours plus
vite et plus fortement les populations paupérisées et marginalisées, à
l’échelle du monde et au sein de chaque pays ou région. Cela inclut les
femmes, les personnes LGBTQI+, les populations indigènes,…ainsi que les
personnes non-blanches, en particulier noires. Les effets du racisme
sont structurels et multiples et affectent la santé physique, la santé
mentale, l’accès aux études, à un emploi, à un logement décent, et à un
espace public non-menaçant. Tous ces facteurs renforcent très fortement
la vulnérabilité des personnes racisées, qui souffrent avant d’autres de
canicules, de pénuries alimentaires, de la sécheresse ou encore des traumatismes psychiques causés par ces catastrophes, qui sont renforcés par les traumatismes issus du racisme . Nous
devons donc comprendre que lutter contre les effets destructeurs de 
futures catastrophes écologiques passe dès maintenant par la lutte
contre la marginalisation et l’exclusion de groupes sociaux entiers, y
compris en Belgique
.


Enfin, il est aisé de constater que les mouvements écologistes sont
très majoritairement composés de personnes blanches de classe moyenne et
supérieure. On entend souvent que cette homogénéité sociale serait due
au manque d’intérêt des personnes non-blanches, qui ne partageraient pas
la même conscience écologique (par un argument issu du racisme
culturel) ou parce qu’elles auraient d’autres sujets de préoccupation
plus urgents (ce qui serait en fait déjà complètement légitime). Or, de
récentes enquêtes menées aux États-Unis montrent que les personnes non-blanches se déclarent en général plus préoccupées par les questions environnementales
que les personnes blanches. En réalité, avoir des difficultés à obtenir
un emploi ou un logement décent n’empêche pas de se soucier de la
qualité de l’air qu’on respire, ces questions peuvent au contraire se
renforcer. Si des personnes intéressées par les questions
écologistes ne se retrouvent pas dans nos mouvements, cela signifie que
s’y perpétuent des mécanismes d’exclusion et le fait de ne pas vouloir
aborder plus clairement les questions de racisme y contribue sans doute
.
Ce faisant, nos mouvements se coupent d’une partie entière de la
population et de ses revendications, maintenant de fait une division
bien plus profonde que celle qui serait causée par une discussion
inconfortable sur le racisme dans un mouvement majoritairement blanc.

« Ne pas être raciste ne suffit pas, il faut être antiraciste »


Reste maintenant à savoir comment les mouvements écologistes peuvent
se rendre activement solidaires de la lutte antiraciste et comment le
faire de manière juste, notamment sans reproduire eux-mêmes de
dominations qu’ils cherchent à combattre.


Précisons d’abord de ce dont on parle quand on parle de racisme. La
plupart des personnes le définissent comme l’expression explicite de
haine, de rejet ou de supériorité envers une personne du fait de sa
couleur de peau ou de son origine et c’est souvent la notion qui nous a
été enseignée, à l’école par exemple. Dans cette optique, la solution
privilégiée pour lutter contre le racisme est avant tout d’affirmer
l’égalité de toutes les personnes et de rappeler qu’il n’existe pas de
races biologiques et donc qu’il n’y a aucune justification à nous
traiter différemment selon notre origine ou notre couleur de peau. Cette conception universaliste de l’antiracisme
juge nécessaire d’effacer la notion de race pour mieux la combattre et
il est d’ailleurs courant de rencontrer des militant.e.s
« progressistes » qui refusent d’être assigné.e.s à une appartenance
raciale (blanche le plus souvent)
, qui proclament « ne pas voir les couleurs » ou être des citoyen.ne.s du monde.


Néanmoins, cette conception est de plus en plus jugée insatisfaisante par les personnes subissant le racisme, car en
proclamant l’égalité (comme un but déjà atteint) et en effaçant la
notion de race, elle en vient à empêcher de nommer le racisme et
favorise le déni des dominations toujours existantes. Elle ne permet pas
non plus d’analyser les questions de racisme sous un angle systémique
,
c’est-à-dire en prenant en compte le fait que le racisme ne se limite
pas à des actes de haine ou d’agression individuelles, mais inclut aussi
des formes collectives, culturelles, institutionnelles ou légales de
racisme, qui existent toujours malgré le fait que le racisme soit
officiellement condamné par la loi. Par exemple, la faible présence de
personnes noires dans les médias, le taux d’emploi plus faible à diplôme
égal ou le taux plus élevé de personnes noires tuées par la police sont
des manifestations du racisme systémique. Ces formes de racisme sont
souvent bien plus complexes à identifier et à combattre, d’autant plus
qu’elles peuvent se perpétuer malgré nos bonnes volontés individuelles.


C’est pourquoi il est nécessaire de renouveler notre conception du
racisme et de l’antiracisme, pour y inclure la conscience que des
siècles de racisme institutionnalisé ne peuvent être effacés d’une
seule loi : nous évoluons toujours dans une société raciste, qui
organise une hiérarchie entre les personnes, selon leurs traits
physiques (ainsi que leur nom ou d’autres caractéristiques
reconnaissables) et qui accorde aux personnes perçues comme blanches le
statut de norme supérieure, au contraire des personnes perçues comme
non-blanches.
Cette hiérarchie s’exerce aussi entre les
personnes non-blanches et place, partout dans le monde, les personnes
noires au plus bas de l’échelle. Si seule une petite minorité de la
population croit encore aujourd’hui au concept de race biologique, nous
devons reconnaitre que la « race sociale » est une réalité sociologique
qui détermine notre société, à travers ses références culturelles, ses
normes de beauté, son organisation économique, son système d’éducation
ou encore son humour.


On comprend alors que, comme le rappelle puissamment Angela Davis,
« dans une société raciste, il ne suffit pas d’être non-raciste, nous
devons être antiraciste ». Ceci nécessite un travail actif de
déconstruction de mécanismes sociaux, culturels, institutionnels et de
schémas inconscients en nous. Dans cette optique, rester
silencieux.se.s face aux dominations raciales qui existent dans la
société nous rend de facto complices de ces dominations
puisque
personne ne peut être neutre ou hors du jeu dans une société raciste : 
c’est un système qui conditionne l’ensemble de la société et qui nous
assigne tou.te.s à des places, dominantes ou dominées
.


Prétendre s’extraire seul.e de ce système n’est qu’une illusion
réservée aux personnes qui ne subissent pas le racisme et le chemin
commence par le fait de reconnaître que, en tant que membres du groupe dominant, nous portons tou.te.s en nous du racisme, puisqu’il est impossible d’évoluer dans une société en étant imperméables à ses normes
Il s’agit donc d’un chantier qui concerne l’ensemble de la société et
appelle toutes ses composantes à prendre leurs responsabilités, même
quand nous estimons déjà « ne pas contribuer au racisme ». Voici
quelques pistes de réflexion qui peuvent guider nos mouvements dans
cette tâche :

  • Agir dans nos propres mouvements et balayer devant notre propre porte, avant de nous féliciter de notre antiracisme à l’extérieur. Comme déjà écrit, un travail important doit être fait pour identifier et combattre les freins multiples empêchant des personnes noires (et non-blanches en général) de se sentir légitimes, comprises et à l’aise dans les mouvements écologistes. Ceci passe par une réflexion sur nos pratiques, mais aussi sur nos discours qui abordent très souvent les questions écologiques depuis le regard des personnes blanches uniquement. Cela passe aussi par le fait d’être conscient.e.s de l’histoire coloniale et raciste des premiers mouvements environnementaux, pour mieux comprendre en quoi aujourd’hui nous pouvons encore développer une vision coloniale de l’écologie, et par la lutte contre les mouvements réactionnaires et racistes se revendiquant de l’écologie. Le privilège blanc se marque entre autre par le fait que des personnes blanches qui parlent de racisme seront plus facilement écoutées par d’autres personnes blanches, ce qui contribue à invisibiliser la voix des personnes concernées par leur propre lutte. Tout en donnant la parole tant que possible à des personnes racisées dans nos mouvements pour lutter contre cette invisibilisation (et pas que pour parler de racisme), nous avons aussi la responsabilité de soulever ces questions dans les espaces où il n’y a que des personnes blanches.
  • Nous solidariser de mouvements antiracistes en cherchant une juste place. Beaucoup de mouvements existants en Belgique menés par des personnes concernées, tels que les mouvements pour les droits des sans-papiers (privés de droits humains fondamentaux du fait d’une politique migratoire raciste, faut-il le rappeler), les mouvements de lutte contre les répressions policières, des mouvements visant à mieux faire connaître la mémoire coloniale ou à former au militantisme décolonial peuvent avoir besoin de soutien, d’autant plus qu’ils sont en général très mal financés (il est très difficile en Belgique pour une organisation en majorité non-blanche d’obtenir des financements publics), ont un plus faible accès aux médias et font face à des réactions racistes plus violentes lors de leurs actions. Néanmoins, nous devons faire attention à nos réflexes paternalistes ou de « sauveur blanc » et penser à des formes de solidarité qui ne soient pas faites pour nous mettre en avant et voler ainsi la lutte aux personnes premièrement concernées. Cela signifie entre autres de vérifier qu’en cas d’actions de solidarité, ou d’alliances entre plusieurs organisations, les personnes non-blanches disposent bien du leadership et de la capacité de décision stratégique, étant celles qui seront touchées par les potentiels bénéfices de l’action ou en payer le coût s’il y a un retour de bâton. Dans un récent post sur les réseaux sociaux, Aïda Yancy, militante noire antiraciste, queer et féministe, dénonçait le danger de l’alliance performative en expliquant que les premiers appels à manifester au nom de Black Lives Matter en Belgique ont été lancés par des personnes non-noires, éblouies par la visibilité soudaine de cette cause mais qui, en agissant sans concertation avec les personnes concernées, invisibilisent les organisations noires impliquées depuis de nombreuses années sur ces questions et ne mesurent pas le risque que représente pour les personnes noires une telle manifestation non autorisée en période de confinement.
  • Questionner nos notions souvent simplistes de violence et de non-violence. La question de la non-violence est assez centrale au sein de beaucoup de mouvements écologistes, de même qu’au sein de beaucoup de mouvements antiracistes. Toutefois l’idée de non-violence peut exprimer des choses très différentes d’une personne à l’autre, d’un mouvement à l’autre et on a pu voir ces derniers mois des mouvements écologistes être critiques envers les stratégies utilisées par d’autres mouvements sociaux, tels que les gilets jaunes ou ici lors des manifestations aux États-Unis. Comme le note Juliette Rousseau, la non-violence ne doit jamais s’envisager comme un impératif moral fixe et détaché des violences systémiques que nous subissons ou dont nous profitons, selon qu’on fait partie d’un groupe dominé ou dominant. Ainsi, juger de la violence de mettre le feu à du mobilier urbain, sans vouloir regarder la violence quotidienne infligée à des personnes pauvres ou racisées, nous cantonne à une vision de la non-violence au service de l’ordre social en place, comme nous le rappelle aussi Starhawk. Cette position est d’autant plus violente, quand nous le faisons au nom de leaders de luttes antiracistes ou anticoloniales, tels que Rosa Parks ou Martin Luther King, en ne retenant qu’une lecture simpliste de leurs propos et en oubliant qu’iels étaient actif.ve.s dans des mouvements plus larges, qui développaient différentes stratégies de lutte. Le discours théorique binaire sur violence et non-violence doit donc laisser la place à des discussions ouvertes sur les différentes stratégies, leurs risques et opportunités, en gardant toujours à la conscience que la répression policière et judiciaire sera toujours plus dure envers les personnes racisées, ce qui nécessite de leur donner une voix prépondérante dans ces discussions.
  • Questionner la police, dans son fonctionnement, mais aussi dans son rôle. Comme le révèle l’assassinat de Georges Floyd et bien d’autres avant lui et après lui, les violences policières sont au cœur de la problématique du racisme. Les violences policières ne peuvent être résumées à des actes individuels de dérapages commis par quelques « pommes pourries » comme on l’entend trop souvent. Si ces violences n’étaient le fait que de quelques individus isolés, elles auraient été condamnées et stoppées depuis longtemps et ces actes ne peuvent être commis à répétition que parce qu’il y a une impunité et un silence de la part des collègues, de la hiérarchie et de la société. Nous devons donc interpeller l’institution policière dans son ensemble, ainsi que les autorités politiques qui la dirigent, pour entamer un travail de déconstruction du racisme au sein de la police (qui s’exerce d’ailleurs aussi envers les personnes racisées y travaillant). Néanmoins, cette réflexion sera toujours insuffisante si nous n’y incluons pas également une réflexion plus fondamentale sur les rôles et outils de la police. Comme le démontrent magistralement Assa Traoré et Angela Davis, la police est fondamentalement construite comme une organe répressif au service d’un système de justice carcéral, qui reproduira toujours des dominations d’ordre raciales ou sociales. Angela Davis estime que « ce dont il s’agit, c’est de penser l’abolition de la police en tant que mode de sécurité », ce qui nous oblige à penser des modes de sécurité non militarisés qui nous protègent réellement tou.te.s, dans une perspective antiraciste, mais aussi féministe et anticapitaliste.
  • Explorer les croisements féconds entre analyses antiracistes, décoloniales et écologistes. Reconnaître la profonde imbrication de ces questions permet d’ouvrir à des champ fertile d’analyses et à de nouvelles perspectives de lutte. C’est ce que fait le mouvement de justice environnementale, créé à la fin des années 80 aux États-Unis, qui met à jour un racisme environnemental en montrant que les communautés non-blanches sont plus exposées à des environnements pollués ou toxiques et voient leurs revendications à un environnement sain moins entendues que les communautés blanches. Malcolm Ferdinand quant à lui propose de penser de manière commune les luttes écologistes et les luttes décoloniales, pour penser la « double fracture » environnementale et coloniale. Il nous invite à envisager des manières de « faire-monde » entre « celles et ceux qui, humains ou non-humains, trouveront des formes de vie et d’action qui rassemblent, contre toute éthique coloniale ou esclavagiste ». Ces analyses sont encore trop peu connues et diffusées dans l’espace francophone et il est nécessaire de soutenir plus de recherches dans ce domaine, en étant à nouveau attentif.ve.s à ce qu’elles ne soient pas menées que par des personnes blanches.


Ce ne sont ici que des premières pistes d’action, qui impliquent
pourtant déjà beaucoup de travail et de questionnements. Tant d’autres
choses méritent d’être écrites et nos mouvements majoritairement blancs
ont un énorme déficit de connaissance et de pratique en ce qui concerne
les questions antiracistes ainsi que sur les croisements entre écologie
et questions raciales, ce qui doit nous encourager à continuer à nous
documenter et nous questionner, surtout quand nous ne subissons pas
directement le racisme. N’oublions pas à ce sujet qu’avoir le choix de
nous éduquer sur les questions de racisme est en réalité un privilège,
face à toutes les personnes qui n’ont pas eu le choix de l’apprendre à
travers leurs corps et les violences physiques et mentales subies depuis
leur naissance. Faisons-en donc bon usage.


Ecrit par Julien Didier


Merci à Bénédicte Allaert, Betel Mabille et Marc Decitre pour leur relecture attentive et leurs remarques très pertinentes.

Pour continuer la réflexion :


Crédit Image : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Black_Lives_Matter_Protest.jpg ( [Creative Commons->https://en.wikipedia.org/wiki/en:Creative_Commons] [Attribution-Share Alike 2.0 Generic->https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/deed.en] )


 

Article écrit par Julien Didier pour Mycelium

septembre 2020 :

août 2020 | octobre 2020

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