Actualités du 9 avril 2020


  • IL RESTE ENCORE DES PLACES !


    Vous êtes éducateur.trice, formateur.trice ou animateur.trice et vous souhaitez acquérir des compétences pour pouvoir mobiliser l’alimentation comme un outil d’éducation et d’action dans vos projets, cette formation s’adresse à vous ! Toutes les infos ci-dessous  :

    POURQUOI CETTE FORMATION ?

    Le thème de l’alimentation touche de + en + de personnes et rassemble de + en + de projets dans la région Bruxelloise. Rencontre des Continents mobilise cette thématique comme point de départ de sa démarche éducative depuis 10 ans. Dans ce sens, nous sommes allés à la rencontre de groupes d´individus dont l’accès à l’information et à la formation autour de cette question de société reste encore marginal ! Après plusieurs années d’expériences, l’envie d’essaimer et de partager nos outils, nos ressources, notre posture et nos questionnements voit le jour grâce au F.I.P.I. (Fonds d’Impulsion à la Politique des Immigrés). Cette formation n’est pas une formation clé sur porte qui répondra à toutes les problématiques liées à l’accès à une alimentation de qualité pour tou.te.s mais bien une invitation sur 6 journées à partager et réfléchir collectivement (à partir de vos situations respectives) à l’éducation par l’alimentation avec des publics qui spécifiquement viennent d’autres pays, d’autres cultures, d’autres contextes...

    MÉTHODOLOGIE GLOBALE

    Expérimentations d’outils participatifs d’éducation-action (energizers, jeu de la ficelle, théâtre-image, kasala, je passe à l’acte, doutes & certitudes...) // Ateliers cuisines (écologique et politique, hybride) // Approche systémique // Mises en pratique // Travail en sous-groupes...

    FORMATRICES.TEURS

    L’équipe des permanent.e.s de Rencontre des Continents et des personnes ressources actives dans cette thématique notamment Daniel Cauchy et Astrid Galliot.

    PROGRAMME

    Horaires : 9h30 à 17h

    Lieu : Maison de la paix à Ixelles (principalement)

    Vendredi 24 Avril 2020 (cette date peut bougée selon les avancées du confinement)

    Journée 1 : présentation & intention(s) : du je au nous

    L’alimentation, tout un monde


     

    Vendredi 8 Mai 2020

    Journée 2 : L’atelier cuisine comme outil d’éduc’action

    Repenser notre assiette, retrouver du pouvoir d´agir


     

    Vendredi 15 Mai 2020

    Journée 3  : Ressources existantes

    La diversité des pratiques comme richesses éducatives


     

    Vendredi 12 Juin 2020

    Jounée 4  : Clôture du cycle

    Évaluer pour évoluer


     

    Modules complémentaires proposées


     

    Vendredi 29 Mai 2020

    Module 1 : Un métier à métisser avec Astrid Galliot (à confirmer)


     

    Vendredi 5 Juin 2020

    Module 2 : Alimentation & Genre


     


     


    MODALITÉS


     

    PUBLIC CIBLE

    DEMANDE D’INSCRIPTION

    CONSTITUTION DU GROUPE

    FRAIS DE PARTICIPATION

    LIEUX


    Éducatrice-formateur-animatrice (EFA) ou toute personne intéressée qui souhaite enrichir sa pratique professionnelle.


    Remplir ce lien pour montrer votre intérêt en vous pré-inscrivant :


    https://goo.gl/forms/6fnZCEjEBpcCEfFx1


     


    Aucun diplôme ni aucun niveau d’expression écrite ne sont requis. À la sélection des candidat.e.s, une attention particulière sera donnée à la diversité des profils qui fera la richesse du groupe de maximum 14 personnes.


    Prix association/structure : 150 euros.


    Prix individu : 75 euros.


    Le prix ne doit pas être un frein. Des solutions sont possibles ! Merci de venir vers nous pour en discuter.


    Sur Ixelles majoritairement (Maison de la paix, Centre Elzenhof, La Serre, Refresh…)

    CONTACT

    Margot Thévenin, 02/734.23.24 margot@rencontredescontinents.be


     


  • Confinements, distances de sécurité, angoisses, paralysies, renforcement des inégalités structurelles de nos sociétés, élans de solidarités… ce que peut un virus ! Si une situation prend sa consistance dans l’importance des défis qu’elle affronte, nous vivons une situation bien singulière.


     

    Elle nous donne un important moment d’expérience collective de la complexité, tant au niveau micro que macro. Nous entendons chaque jour des liens s’établir entre le COVID-19, les experts infectiologues, des pratiques sociales et commerciales, l’industrie automobile, de la peur, des animaux, des modèles mathématiques et de l’imprévisible, les inégalités sociales entre pays et en leur sein, des engagements de nos représentant.e.s politiques, des frontières et des avions, et dans tout ça... nos états d’âme… !
     
    Un virus minuscule apparu en Chine qui s’est propagé en quelques semaines sur la terre entière. S’il est primordial d’élucider certains aspects, les spéculations sur les origines exactes via tel ou tel animal sauvage nous empêchent de voir que notre vulnérabilité croissante face aux pandémies a une cause bien plus profonde, qu’est notamment la destruction accélérée des habitats. Ce virus ébranle nos économies et les conceptions de la mondialisation. Mais après, tout comme avant ? En plus fort, pour rattraper le retard ? Vite relancer la sacro-sainte croissance ? N’est-il pas encore temps de changer de lunettes, de faire les liens, de révéler les interdépendances et se situer, se positionner dans nos réalités de terrain ?
     
     
    Et si nous construisions des dispositifs d’apprentissage ? Que nous enseigne ce virus ? Si nous utilisions cette “crise” comme une opportunité de changements, non plus à la marge, mais réels et profonds dans tous les domaines ? Comment apprendre avec elle que d’autres mondes et récits que ceux qui nous sont majoritairement proposés aujourd’hui sont possibles, voire qu’ils existent déjà, même si encore marginaux ? Comment nous oblige-t-elle à définir ce qui nous importe ? Quels imaginaires réenchanteurs déployer en ses temps de confinement ? Comment, grâce à cette contrainte, prendre la mesure des changements possibles pour nos sociétés, celle des autres peuples et de l’ensemble du vivant ? Que va vouloir dire par exemple vivre dans l’incertitude en fonction de nos modes de vie, de nos zones de vie géographique, au niveau local et planétaire ? Nous avons bien entendu que des entreprises réfractaires au télétravail (“impossible à mettre en place” disait la direction) ont finalement installé ce dispositif en à peine 2 jours !
     
     
    Et si nous partagions nos histoires de questionnements, de solidarités et d’entraides (personnes vulnérables, femmes, précaires, métiers du "care", sans abris, réfugié.e.s,...), de gratitudes pour toutes celles et ceux qui nous protègent (dont toutes les personnes exerçant des fonctions essentielles pour la gestion de la “crise” et qui ne peuvent pas rester chez elle) ? De redéfinition de ce qui nous importe, de simplicité vécue, les unes avec les autres ? Si nous partagions nos réflexions quant aux possibilités de transitions ouvertes vers une société plus solidaire, plus sobre, plus douce, plus respectueuse du vivant ? Si le moment était particulièrement propice à la distinction entre maximum et optimum ? Toujours plus (de voyages, de confort, de biens matériels) ? Ou plutôt toujours mieux, dans un équilibre à réinventer ? Et si nous réfléchissions aux possibles que cette situation nous enseigne maintenant pour des réponses à d’autres défis, finalement bien plus immenses ?
     
     
    Et si cette “crise” nous montrait combien nos questionnements et actions éducatives sont légitimes et sans cesse en quête de liens ? Ne baissons pas les bras, serrons-nous les coudes et profitons de ce moment pour rassembler nos énergies pour la construction d’autres projets de société qui font sens et ont leur place ici et maintenant.
     
     
    Trop tôt sans doute pour de grandes leçons, mais commençons à les répertorier, chacune et ensemble. Nous vous invitons à partager vos apprentissages, récits, ressources au sein de notre collectif. Merci de nous transmettre vos témoignages, questions, rêves, propositions,... !
     
     
    Toute notre équipe s’est organisée pour s’adapter au mieux à cette situation exceptionnelle. Nous sommes tou.tes en télétravail, à votre écoute et disponibles par mail. N’hésitez pas à écrire directement à la personne de notre équipe que vous souhaitez joindre (toutes les adresses mail individuelles sont ici).
     
     
    Tous les événements et formations prévus d’ici le 15 avril ont été annulés ou reportés. Les événements prévus ultérieurement sont en cours d’évaluation et nous vous tiendrons informés dès que possible. Plus d’infos lors de la prochaine newsletter d’avril.
     
     
    Nous vous transmettons ici la tribune "Après la pandémie" du dernier numéro d’Imagine, sur le sujet, co-signée par RdC et d’autres acteurs de nos mouvements sociaux. Et vous retrouverez ici quelques articles sur la situation actuelle qui font résonance avec les réflexions de notre collectif et nos mouvements. N’hésitez pas à faire de ce document, qui est en construction, une source d’information la plus riche et stimulante possible. 
     
     
     
    Prenez soin de vous et du vivant qui vous entoure, qu’il soit tout proche ou éloigné...
     
     
     
     
     
    Le collectif RdC
    (que vous retrouvez ici


     


  • Aujourd’hui, nous n’entendons parler partout que d’une chose. Mais avant la crise sanitaire, un autre virus était en pleine expansion et cette contagion-là était plutôt de bonne augure ! Cette épidémie positive, on l’attendait depuis longtemps. Elle soigne un des fléaux les plus désolants de notre époque : le gaspillage.



    Quelques chiffres tirés du rapport de la FAO donnent une bonne idée de l’ampleur de la catastrophe (http://www.fao.org/news/story/fr/item/196443/icode/) :
    - Le volume mondial de gaspillages et pertes alimentaires est estimé à 1,6 milliard de tonnes d’équivalents produits de base. Les gaspillages totaux pour la partie comestible s’élèvent à 1,3 milliard de tonnes.
    - De même, 1,4 milliard d’hectares de terres - soit 28 pour cent des superficies agricoles du monde - servent annuellement à produire de la nourriture perdue ou gaspillée.
    - Les conséquences économiques directes du gaspillage alimentaire (à l’exclusion du poisson et des fruits de mer) sont de l’ordre de 750 milliards de dollars par an.
    - …


    Un problème de grande ampleur donc ! Et cette contagion de bonne augure, cette épidémie positive, il s’agit bien du virus de la récup !


    Il y a peu de temps encore, le fait de récupérer des aliments qui étaient destinés à la poubelle (avec ou sans raison) était difficilement concevable par la plupart des gens. Le déchétarisme, glanage alimentaire ou trésordure était réservé aux SDF ou à quelques illuminés en marge mais certainement pas à des gens « normaux ».


    Petit à petit, les consciences se sont réveillées face à cette aberration et, si nous sommes très loin d’avoir réglé le problème, on peut néanmoins noter un changement dans les mentalités. Aujourd’hui, récupérer des invendus n’est plus quelque chose d’« anormal », c’est même plutôt bien vu. Le nombre de projets a donc explosé et, dans chaque commune, des groupes sont à l’œuvre et on entreprit une croisade contre le gaspillage.


    Il y a de cela presque trois ans, Rencontre des Continents a démarré un cycle de réflexion sur l’alimentation et d’ateliers cuisine au CPAS d’Ixelles. Le projet, on vous en a déjà parlé, a tellement bien fonctionné qu’après trois mois, nous avons doublé la fréquence de ces ateliers. Les participant.e.s ont, pour la plupart, été très réguliers/régulières et ont fait preuve d’un aussi grand intérêt pour les réflexions autour de l’alimentation que pour la découverte d’autres techniques de cuisine.


    Une petite dizaine de personnes ont été extrêmement régulières durant ces ateliers. Il y a un an et demi, nous avons tout doucement évoqué le fait que le groupe pourrait « passer à la vitesse supérieure », qu’il pourrait passer de consommateur d’activité à générateur d’activités… L’idée a mûrit et, il y a un an, le noyaux dur des ateliers cuisine a décidé de se lancer et de monter un projet : le projet ReAl pour Récuparation Alimentaire (lisez « real » comme réalité en anglais plutôt que comme Real de Madrid !)


    Le nom est intéressant car il met en avant le fait que la récupération d’invendus fait effectivement partie de notre réalité. Ce n’est plus quelque chose qui ne touche que les marginaux et les laissés pour compte mais c’est bien devenu une question que nous devons toutes et tous prendre en main pour cheminer vers une société cohérente.


    Le projet ReAl vise à récupérer des denrées invendues dans les petits commerces d’Ixelles en privilégiant les structures qui favorisent les produits locaux et biologiques. Le groupe est composé de personnes qui sont allocataires sociaux ou sont à la retraite. Les aliments récupérés seront donc redistribués directement dans le groupe pour être consommés.


    Par un heureux hasard de circonstances, le groupe a croisé le chemin d’Amélia Ribeiro qui travaille pour le collectif IPE et qui nous a encouragé à rentrer un projet Good Food, « Inspirons le quartier » pour demander du soutien.


    En septembre 2019, nous avons eu notre première réunion avec Amélia et durant deux mois, nous avons travaillé à la constitution d’un dossier de demande de subvention qui a été rendu fin 2019.


    Début de l’année, nous avons eu une bonne nouvelle puisque notre projet est accepté. Le groupe s’est vu octroyer un budget de 2300 euros pour investir dans du matériel de récupération, de communication et, surtout, de l’accompagnement de projet pour faire en sorte que cette aventure de l’anti-gaspi puisse être longue et pérenne.


    Bonne chance donc et, si nous devons nous protéger d’une contagion pour l’instant, apprêtons-nous, lorsque cette période de confinement sera un souvenir, à encourager le virus de la récup !


    par Cédric Hellemans, animateur à Rencontre des Continents



  • Chute du mur de Berlin en 1989, attaque sur les tours du World Trade Centre en 2001, explosion de la bulle des subprimes et panique financière en 2008, et à présent la pandémie du Covid-19... Tous les dix ans à peu près, des bouleversements systémiques nous conduisent à interroger notre représentation du monde, notre idée de la flèche du temps, la signification même que nous attachons aux mots de « progrès » ou de « développement ».


    La crise est sanitaire. Elle a déjà débouché sur une crise financière. Elle annonce une crise économique majeure, avec des fermetures d’entreprises en chaîne, une augmentation brutale du chômage, et une mise à l’épreuve des systèmes de protection sociale dans toutes les régions du monde.


    Notre devoir aujourd’hui est de savoir lire, dans ces crises, la possibilité d’une refondation de notre vivre ensemble autour de valeurs fortes, positives et partagées, en adéquation avec les limites planétaires.


    C’est notre dernière chance. Depuis quarante ans, les inégalités se sont creusées presque partout. Nous sommes témoins de la sixième extinction massive des espèces, d’une dramatique dégradation des sols, et d’une accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère qui transforment peu à peu la Terre en étuve. Les phénomènes météorologiques extrêmes vont se multiplier, avec des impacts importants notamment sur la production alimentaire. Les migrations forcées de population vont augmenter en conséquence : le nombre de réfugiés climatiques pourrait s’élever en 2050 à 140 millions (selon la Banque mondiale), voire 200 millions (selon l’Organisation des Nations Unies).


    Il faut changer de cap. Cette crise, pourvu qu’on veuille bien s’en saisir, en offre l’opportunité. Nous prenons à nouveau conscience d’un destin partagé. Nous prenons aussi conscience de ce qu’ensemble, nous pouvons transformer la société. Aller vers plus de convivialité et de solidarité. Reconquérir des espaces d’autonomie, où chacun peut s’épanouir autrement qu’en tant que producteur ou consommateur. Ralentir cette course folle vers le franchissement des limites planétaires, et peu à peu assurer l’habitabilité future de la planète pour nos petits-enfants. Ce n’est déjà plus un espoir qu’on formule : c’est un impératif éthique qui s’impose à nous.


    La crise sanitaire débouchera sur des drames individuels et familiaux. Elle confrontera les personnels de santé à des dilemmes tragiques : quelles vies sauver, si d’aventure les moyens venaient à manquer pour sauver toutes celles et tous ceux qui exigent d’être pris en charge ?


    Le nombre de travailleurs en chômage forcé va augmenter considérablement. Les citoyens les plus vulnérables (les personnes pauvres, très isolées, sans papiers, sans abri, les détenus, les familles monoparentales…) vont être confrontés à des situations difficiles, voire dramatiques si la situation devait perdurer.


    A l’ombre de cette crise cependant, des flammes d’espoir s’allument. Les personnels de santé se mobilisent sans compter. Les personnels enseignants font montre d’une grande solidarité, et déploient des trésors d’imagination pour assurer la continuité pédagogique. Les travailleurs sociaux se démènent sans compter. Les forces de l’ordre se placent au service des objectifs de santé publique. Des jeunes offrent leurs services bénévoles pour garder les jeunes enfants ou pour faire les courses pour des personnes âgées et fragiles. Des couturières préparent, dans l’urgence, des masques de protection. Des employeurs inventent, avec leur personnel, des nouvelles manière de travailler à distance. Nous assistons à une incroyable expérience d’apprentissage collectif accéléré.


    Notre devoir n’est pas seulement d’apprendre, mais aussi, déjà, de ne pas oublier. A partir de ces nouvelles manières de produire et de consommer, de s’entraider et de se déplacer, d’enseigner et de prendre soin les uns des autres, une nouvelle société peut s’inventer : une société conviviale et solidaire, dans le respect des limites planétaires.


    Nous savions déjà ce qu’il fallait faire, pour aller vers cette société dont nous rêvons : la réduction généralisée du temps de travail, pour favoriser l’accès au travail de tous et toutes, pour redéfinir les rôles de genre, et pour dégager davantage de temps pour l’auto-production, la culture et l’engagement civique ; l’extension des possibilités de télétravail, pour réduire la pression sur les transports et permettre aux villes de mieux respirer ; le soutien aux circuits de l’économie locale et à l’économie sociale et solidaire, pour renforcer le poids des alternatives à l’empire de l’économie financiarisée fondée sur la fragmentation des chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale ; le réinvestissement dans les biens collectifs, en matière de mobilité, d’enseignement et de santé, afin de permettre à tous les ménages, y compris les plus précarisés, d’avoir accès à une vie digne, permettant l’épanouissement de chacun...


    Nous savions ce qu’il fallait faire. Nous savons à présent comment, face à des circonstances nouvelles, nous sommes capables d’opérer des transformations radicales dans notre manière de fonctionner, à l’échelle individuelle et collective. Ce que nous sommes en train réussir contre l’épidémie du Covid-19 — une mobilisation générale fondée sur la responsabilité de chacun à l’égard de tous les autres, une remise en cause de nos routines —, nous avons le devoir d’y parvenir aussi afin de ralentir la dégradation des écosystèmes, et notamment d’atténuer le changement climatique. On nous dit que cela n’est pas possible. On nous dit que nos cerveaux sont capables de comprendre les risques immédiats, qui nous concernent en proche, mais qu’ils ne sont pas outillés pour réagir aux risques lents, ou aux menaces lointaines et abstraites. Nous disons que nous sommes capables d’apprendre. Qu’il est temps. Que c’est maintenant — ou bien ce ne sera jamais.


    La rédaction du magazine Imagine : Laure De Hesselle, Sarah Freres, Pascale Derriks, Christophe Schoune, David Cauwe et Hugues Dorzée


    Le comité d’accompagnement du processus #Imagine2020 appelé Les Pisteurs d’Imagine composé de :


    Olivier De Schutter, juriste, professeur à l’UCL, nouveau rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme
    Fatima Zibouh, politologue, experte inclusion/discrimination chez Actiris, doctorante au Cedem (ULiège), co-fondatrice du projet Women 100 (co-présidents du groupe des Pisteurs d’Imagine)


    Sybille Mertens, économiste, professeure à l’ULiège, titulaire de la Chaire Cera en entrepreneuriat social et coopératif


    Caroline Lamarche, écrivaine, prix Goncourt de la nouvelle 2019
    Esra Tat, directrice adjointe de Zéro Waste Europe, diplômée en business & management (Grenoble II), entrepreneuse sociale (Ouishare, Enspiral...)
    Florence Le Cam, titulaire de la chaire de journalisme à l’ULB
    Frédéric Chomé, entrepreneur (Factor-X, Usitoo...), consultant et membre de la coalition Kaya des entreprises de la transition écologique
    Juliette Boulet, porte-parole de Greenpeace, journaliste de formation (ULB) et diplômée en études européennes (Facultés Saint-Louis)
    Sandrino Graceffa, fondateur et ex-CEO de Smart Coop, consultant au sein de ID.Est
    Charlotte Luyckx, philosophe (UCL), coordinatrice du Groupe de recherche interdisciplinaire sur la crise écologique (Grice) et membre de la Maison du développement durable (Louvain-la-Neuve)
    David Méndez Yépez, auteur-compositeur-interprète (Chicos y Mendez) et économiste de formation (UCL, Clemson)
    Julie Rijpens, chercheuse associée au Centre d’économie sociale (HEC-Liège)
    Sébastien Kennes, animateur, formateur, chargé de projet à l’ONG Rencontre des Continents
    Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11, maître de conférences (ULB, ULiège) 


     


    Source : http://www.imagine-magazine.com/lire/?article1860



  • IL RESTE ENCORE DES PLACES !


    Vous êtes éducateur.trice, formateur.trice ou animateur.trice et vous souhaitez acquérir des compétences pour pouvoir mobiliser l’alimentation comme un outil d’éducation et d’action dans vos projets, cette formation s’adresse à vous ! Toutes les infos ci-dessous  :

    POURQUOI CETTE FORMATION ?

    Le thème de l’alimentation touche de + en + de personnes et rassemble de + en + de projets dans la région Bruxelloise. Rencontre des Continents mobilise cette thématique comme point de départ de sa démarche éducative depuis 10 ans. Dans ce sens, nous sommes allés à la rencontre de groupes d´individus dont l’accès à l’information et à la formation autour de cette question de société reste encore marginal ! Après plusieurs années d’expériences, l’envie d’essaimer et de partager nos outils, nos ressources, notre posture et nos questionnements voit le jour grâce au F.I.P.I. (Fonds d’Impulsion à la Politique des Immigrés). Cette formation n’est pas une formation clé sur porte qui répondra à toutes les problématiques liées à l’accès à une alimentation de qualité pour tou.te.s mais bien une invitation sur 6 journées à partager et réfléchir collectivement (à partir de vos situations respectives) à l’éducation par l’alimentation avec des publics qui spécifiquement viennent d’autres pays, d’autres cultures, d’autres contextes...

    MÉTHODOLOGIE GLOBALE

    Expérimentations d’outils participatifs d’éducation-action (energizers, jeu de la ficelle, théâtre-image, kasala, je passe à l’acte, doutes & certitudes...) // Ateliers cuisines (écologique et politique, hybride) // Approche systémique // Mises en pratique // Travail en sous-groupes...

    FORMATRICES.TEURS

    L’équipe des permanent.e.s de Rencontre des Continents et des personnes ressources actives dans cette thématique notamment Daniel Cauchy et Astrid Galliot.

    PROGRAMME

    Horaires : 9h30 à 17h

    Lieu : Maison de la paix à Ixelles (principalement)

    Vendredi 24 Avril 2020 (cette date peut bougée selon les avancées du confinement)

    Journée 1 : présentation & intention(s) : du je au nous

    L’alimentation, tout un monde


     

    Vendredi 8 Mai 2020

    Journée 2 : L’atelier cuisine comme outil d’éduc’action

    Repenser notre assiette, retrouver du pouvoir d´agir


     

    Vendredi 15 Mai 2020

    Journée 3  : Ressources existantes

    La diversité des pratiques comme richesses éducatives


     

    Vendredi 12 Juin 2020

    Jounée 4  : Clôture du cycle

    Évaluer pour évoluer


     

    Modules complémentaires proposées


     

    Vendredi 29 Mai 2020

    Module 1 : Un métier à métisser avec Astrid Galliot (à confirmer)


     

    Vendredi 5 Juin 2020

    Module 2 : Alimentation & Genre


     


     


    MODALITÉS


     

    PUBLIC CIBLE

    DEMANDE D’INSCRIPTION

    CONSTITUTION DU GROUPE

    FRAIS DE PARTICIPATION

    LIEUX


    Éducatrice-formateur-animatrice (EFA) ou toute personne intéressée qui souhaite enrichir sa pratique professionnelle.


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    https://goo.gl/forms/6fnZCEjEBpcCEfFx1


     


    Aucun diplôme ni aucun niveau d’expression écrite ne sont requis. À la sélection des candidat.e.s, une attention particulière sera donnée à la diversité des profils qui fera la richesse du groupe de maximum 14 personnes.


    Prix association/structure : 150 euros.


    Prix individu : 75 euros.


    Le prix ne doit pas être un frein. Des solutions sont possibles ! Merci de venir vers nous pour en discuter.


    Sur Ixelles majoritairement (Maison de la paix, Centre Elzenhof, La Serre, Refresh…)

    CONTACT

    Margot Thévenin, 02/734.23.24 margot@rencontredescontinents.be


     



  • Nous avons le plaisir de vous partager le podcast "Reclaim the Climate" réalisé par un groupe de personnes impliquées dans l’organisation et la réalisation du Justice Camp Climate. Ce podcast aborde plusieurs thèmes qui nous sont chères à Rencontre des Continents et qui nous décentrent et nous mettent en chantier. Au plaisir d’en discuter, une fois le confinement levé ! Belle écoute à vous !



    "Chaque dernier mercredi du mois, Reclaim the Climate explore les liens qui relient l’activisme social et écologique.



    Dans ces discussions, nous parlons du privilège, des relations de domination et de marginalisation dans les espaces militants, de la blancheur, du macho-héroïsme, des visions coloniales de l’écologie et de la « nature », de l’hétéronormativité et d’une foule d’autres choses qui nous semblent trop peu abordées lorsque on parle de climat. Nous parlons de nous, de nos expériences, de nos vies, de nos utopies, dans la langue dans laquelle nous nous sentons le plus à l’aise : français, néerlandais ou anglais.



    Ce podcast est destiné à celles et ceux qui ne veulent pas choisir un combat plutôt qu’un autre. Pour celles et ceux qui pensent que les victoires qui ont lieu au détriment d’autres groupes opprimés ne sont pas vraiment des victoires. Pour celles et ceux qui croient que toutes les formes d’oppression sur les humains et d’autres formes de vie sont interdépendantes et nécessitent des formes de résistance interconnectées pour être renversées. Pour les militant.e.s en collectif, qui occupent des espaces ou qui agissent directement, ainsi que pour celles et ceux qui veulent en parler avec leurs ami.e.s : parler d’une cause est aussi un moyen de l’aider à progresser."



    Le lien du site internet : https://www.reclaimtheclimate.be/





     



     



     



     



     



    Pour aller plus loin, allez voir le site du "Justice Camp Climate" qui aura lieu en Septembre 2020 : http://climatejusticecamp.be/




  • Cette pandémie révèle non seulement les inégalités mais également les failles de notre système et de manière criante, notre système de santé. Soumis à des années d’austérité néolibérale, le collectif "Santé en lutte" dénonce déjà ses pratiques. Aujourd’hui, ilelles s’organisent pour accompagner au mieux les soignant.e.s dans cette situation difficile. Afin de soutenir celles et ceux qui nous soignent et nous protègent, plusieurs actions sont possibles de chez vous. Nous vous relayons la vidéo de Tout va bien-média sur ce sujet et ci-dessous l’appel du collectif de la Santé en lutte pour lutter avec elles et eux. Merci pour vnotre soutien !


    "Plus que jamais, La santé en lutte a besoin de votre soutien !



    Vous voulez soutenir le personnel soignant en première ligne dans la lutte contre le coronavirus ?


    Vous applaudissez à 20h tous les soirs mais vous sentez bien que ce n’est pas suffisant et qu’il faut aussi dénoncer les coupes budgétaires qui nous ont amenés dans cette situation dramatique dans les institutions de soins ?


    Vous pensez vous aussi qu’après cette épidémie, il faudra se battre pour des conditions de travail dignes ainsi que des soins de santé de qualité et accessibles à toutes et tous ?


    FAIRE UN DON


    En attendant de pouvoir descendre dans les rues nombreuses et nombreux pour porter ces revendications, soutenez le personnel des soins de santé organisé dans La santé en lutte en faisant des dons pour recevoir un t-shirt/une banderole sérigraphiés et en portant ainsi notre message, sur vous ou sur votre balcon !


    L’argent récolté servira exclusivement à organiser la lutte pour le refinancement des soins de santé qui sera plus que jamais à l’ordre du jour de la période post-confinement.


    Nous vous proposons donc de faire des dons à La santé en lutte via la plateforme Growfunding.
    https://growfunding.be/fr/bxl/lasanteenlutte


    Pour tout don supérieur à 15€, vous recevrez un magnifique t-shirt sérigraphié “La santé en lutte” OU une belle banderole sérigraphiée avec un message de soutien à accrocher à votre balcon pour contribuer à diffuser nos revendications


    Suite à votre don vous serez re-contacté·e par email pour les détails de la commande (adresse, t-shirt ou banderole, etc.)


    AFFICHER VOTRE SOLIDARITÉ


    Pour celles et ceux qui ont une imprimante chez eux, imprimez et affichez à votre fenêtre les affiches de ce post.


    Pour celles et ceux qui ont le temps, faites des banderoles revendicatives et déployez-les sur votre balcon.


    Et puis prenez-vous en photo avec votre famille, partagez-les sur les réseaux sociaux avec le tag #lasantéenlutte


    Envoyez-les nous aussi sur lasanteenlutte@gmail.com.


    Merci à toutes et tous pour votre soutien
    #Lasantéenlutte


    Lien pour télécharger les affiches : https://drive.google.com/…/19Gf8pxf7W2OqlPvCl9pmoS7rJ…/view…


    SIGNER LA PÉTITION


    "Maintenant on soigne, après nous réglerons nos comptes"


    Pour un refinancement des soins de santé, pour une amélioration des conditions de travail et pour un accès juste et gratuit pour toute la population, signez notre pétition !


    https://lasanteenlutte.org/signer-notre-petition/?fbclid=IwAR0zLflUYe6fgGXps1OlKbfMhmbqRTMTDgV-SQIf9NcuR79TdeMvlGJk4IA


    Si votre organisation ou association désire signer en son nom notre pétition, envoyez nous un e-mail à lasanteenlutte@gmail.com



    https://lasanteenlutte.org/la-sante-en-lutte-a-besoin-de-v…/


    Merci à toutes et tous pour votre soutien
    Merci aux ami.e.s du Réseau ADES pour leur travail de sérigraphie et leur aide."


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


  • En cette période difficile, nous réalisons que nous sommes des êtres de liens et que ces liens sont étendus aux autres espèces. Assumer notre interdépendance et notre fragilité, c’est aussi reconnaître nos responsabilités (ce à quoi nous avons à répondre) et regarder clairement notre lien nocif, méprisant et destructeur vis-à-vis de la « nature » et plus précisément des non-humains et des animaux.


    Nous détruisons les écosystèmes vitaux, nous y ouvrons des routes pour l’exploitation forestière, minière, l’agriculture, le tourisme. L’accès aux animaux sauvages est rendu facile. Le trafic de vies sauvages atteint jusqu’à 23 milliards de dollars par an. (https://wwf.be/fr/wildlife-cybercrime/) Miguel Benasayag nous le rappelle : « Je ne pense pas que nous soyons en guerre ou que le virus soit un ennemi. La pandémie n’est qu’une conséquence de la promiscuité entre les espèces et de la destruction de l’écosystème. Pas un accident. Penser ce dérèglement comme une guerre, c’est rester prisonnier des causes mêmes du problème. Il ne s’agit pas de vaincre mais de retrouver un équilibre. »


    Un nouveau rapport aux vivants


    Les pratiques et les récits visant à modifier notre regard et établir d’autres liens avec les animaux se multiplient, que ce soit venant des agriculteurs « bios », des maraîchers, des éthologues, des passionnés d’animaux ou des dresseurs, des anthropologues ou des philosophes. D’autres regards, d’autres pratiques, d’autres conceptions, bien éloignées de l’animal-machine et objet. Si pour restaurer une certaine dignité à nos relations avec les animaux, certains nous montrent les horreurs faites à ceux-ci et dénoncent les maltraitances, d’autres nous indiquent les « services » qu’ils rendent, d’autres encore ont choisi de nous les rendre « intéressants », de nous émerveiller.



    Vinciane Despret est de ceux-ci et Habiter en oiseau, une petite merveille du genre. Depuis plusieurs ouvrages, elle s’intéresse aux pratiques des scientifiques qui font apparaître les animaux « sous de multiples visages au fil des méthodes et des présupposés d’observation : pratiques qui nous les rendent « intéressants » ! Elle s’intéresse particulièrement aux observateurs, aux observations et à la qualité des dispositifs. « Je pense qu’une recherche intéressante est une recherche sur les bons dispositifs. ». Une de ses grandes questions réside dans une boucle : comment certains chercheurs rendent-ils les animaux intéressants ? Comment certains animaux rendent-ils leurs chercheurs intéressants ?


    Emerveillement


    Nous ne résistons pas à l’envie de vous proposer les premières lignes du livre !
    « Il s’est d’abord agi d’un merle. La fenêtre de ma chambre était restée ouverte pour la première fois depuis des mois, comme un signe de victoire sur l’hiver. Son chant m’a réveillée à l’aube. Il chantait de tout son cœur, de toutes ses forces, de tout son talent de merle. Un autre lui a répondu un peu plus loin, sans doute d’une cheminée des environs. Je n’ai pu me rendormir. Ce merle chantait, dirait le philosophe Étienne Souriau, avec l’enthousiasme de son corps, comme peuvent le faire les animaux totalement pris par le jeu et par les simulations du faire semblant. Mais ce n’est pas cet enthousiasme qui m’a tenue éveillée, ni ce qu’un biologiste grognon aurait pu appeler une bruyante réussite de l’évolution. C’est l’attention soutenue de ce merle à faire varier chaque série de notes. J’ai été capturée, dès le second ou le troisième appel, par ce qui devint un roman audiophonique dont j’appelais chaque épisode mélodique avec un “et encore ?” muet. Chaque séquence différait de la précédente, chacune s’inventait sous la forme d’un contrepoint inédit.
    Ma fenêtre est restée, à partir de ce jour, chaque nuit ouverte. À chacune des insomnies qui ont suivi ce premier matin, j’ai renoué avec la même joie, la même surprise, la même attente qui m’empêchait de retrouver (ou même de souhaiter retrouver) le sommeil. L’oiseau chantait. Mais jamais chant, en même temps, ne m’a semblé si proche de la parole. … Pour ce merle, c’est le terme « importance » qui devait s’imposer. Quelque chose importe, plus que tout, et plus rien d’autre n’importe si ce n’est le fait de chanter. L’importance s’était inventée dans un chant de merle, elle le traversait, le transportait, l’envoyait au plus loin, à d’autres, … »


    Tout ce livre sera conçu pour nous mettre en « appétit pour de nouveaux engagements avec d’autres êtres qui viendront à compter. » et d’ainsi « rompre avec la sordide habitude de mettre l’humain au centre du monde et des récits, ouvrir l’histoire à des myriades d’êtres qui comptent et sans lesquels nous ne serions pas là. »
    « Non pas devenir plus sensibles (un fourre-tout un peu trop commode et qui risque tout aussi bien de conduire aux allergies), mais apprendre à devenir capable d’accorder de l’attention. Accorder prend ici en charge le double sens de « donner son attention à » et de reconnaître la manière dont d’autres êtres sont porteurs d’attentions. C’est une autre façon de déclarer des importances. »



    (https://pixabay.com/fr/photos/m%C3%A2le-merle-royaume-uni-m%C3%A2le-merle-4828699/)


    (Pour écouter le chant du merle, s’il ne vient chanter près de chez vous :
    (https://www.youtube.com/watch?v=gpdYcVIw8vw et https://www.youtube.com/watch?v=5tFhB_2dmhU )


    Un chant polyphonique


    « … car les territoires et les oiseaux ont fait penser, et c’est cela qui m’intéresse »


    Vinciane nous invite à participer à un chant mêlant oiseaux, ornithologues, naturistes, théories, explications, réflexions sur les dispositifs. A comprendre que plus on s’intéresse aux oiseaux, plus les représentations et les explications se compliquent. C’est donc aussi à un voyage dans le temps que nous sommes conviés : comment les dispositifs d’observation ont évolué, comment les théories dépendaient des idées dominantes de l’époque et des méthodes d’observation utilisées, comment certaines explications réduisent ou au contraire amplifient la richesse du vivant, comment certaines explications « multiplient les mondes et honorent l’émergence d’une infinité de manières d’être ».
    Vinciane montre donc que si les conceptions des chercheurs importent, leurs dispositifs d’observation, leurs méthodes, équipements et outils, vont être aussi fondamentaux dans l’évolution des théories : « Le fait que savoir autrement, c’est d’abord en savoir plus ».
    Ainsi les conceptions de ce qu’est un territoire évoluent d’une propriété (régime de l’avoir) vers celle d’un processus de cohabitation et de composition « mélodique ». Le fait de pouvoir accorder aux oiseaux des biographies, notamment grâce au baguage, permet la découverte que les relations personnelles comptent. « Les dispositifs d’attention, c’est-à-dire des dispositifs qui rendent perceptibles des choses que jusqu’alors on ne remarquait pas. » importent !
    Et au gré des recherches, les grandes explications unitaires s’effritent. Tout n’aurait été qu’une question de possession ? Ou alors d’agressivité ? Ou de ressources ? Ou de transmission de gènes ? De chercheur en chercheuse, d’ornithologue en passionnée d’oiseaux, du bruant à la mouette, les observations se complexifient, les modèles explicatifs évoluent, … jusqu’à changer de statut. Ici les oiseaux sont enrichis de « tout le palabre des humains. »


    Apprentissages


    Comme le relève si bien Baptiste Morizot dans la postface, ce livre nous propose de considérer autrement ce qu’est une explication, « elle transforme le statut épistémologique des savoirs sur les oiseaux : auparavant hébergés dans l’empire impitoyable des explications, … elle les a rapatriés et recueillis dans le marché bigarré et cosmopolite de l’interprétation, qui est coopérative et intégrative. » Nous étions habitués, en sciences comme dans nos discours, à rechercher la « bonne explication », celle qui chasse les autres ou en tout cas les supplante.
    Il n’est pas question de prendre les oiseaux comme modèles pour nous, le livre ne nous donne pas de leçons en utilisant les oiseaux, dans ce geste si habituel de tout ramener à nous. Il s’agit de « kidnapper l’enquête, les sciences, les pensées des humains, pour enrichir la vie non humaine. »
    Mais je ne pense pas que ce soit un hasard si l’autrice mentionne une proposition de Donna Haraway quant à notre époque. Plutôt qu’un combat assez fatiguant et stérile entre les tenants de l’appellation Anthropocène et ceux qui préfère Capitalocène, Haraway propose de multiplier les récits, chacun de ceux-ci nous apprenant quelque chose en attirant notre attention sur une dimension différente. Ainsi « Plantationocène » qui nous invite à porter attention à l’histoire qui a précédé le capitalisme industriel ou « Phonocène », l’ère du son, l’ère où l’on entend les bruits de la terre. « Chacun des termes qui désignent notre époque attire notre attention sur des problèmes spécifiques et engage un travail différent. Tous importent, comme importe qu’on continue d’en trouver d’autres, qui nous engagerons autrement. » Que nous apprend « eurocène », poubellocène », … ?
    Le cheminement minutieux entrepris par Vinciane pour son enquête ne tente pas d’expliquer le monde, mais de le « multiplier », de « nous apprendre à devenir capables d’accorder de l’attention », et d’ainsi « rendre compte, multiplier les manières d’être, de sentir, de faire sens et de donner de l’importance aux choses. »


     


    Alors, si vous êtes intéressé(e)s à renoncer aux explications simplistes ou/et … à ne plus jamais entendre le chant du merle comme auparavant, ce livre est pour vous … !



    Merci Vinciane pour ce beau cadeau !


     


     


    Ecrit par Daniel Cauchy

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