Biodiversité Tribune Natagora

Le conflit russo-ukrainien, prétexte pour sacrifier la biodiversité agricole

Agriculture


 


Au-delà de la crise humanitaire, la désinformation autour des enjeux alimentaires menace le rétablissement de la biodiversité dans les milieux agricoles en Europe. Les associations et académiques wallons publient une tribune pour appeler les décideurs à maintenir les objectifs européens de maillage écologique en zones agricoles dans la future Politique agricole commune et dans le Pacte Vert européen. L’enjeu : ne pas compromettre la transition agroécologique aujourd’hui et nos capacités productives à moyen terme.


Face au drame humain qui frappe à notre porte, les associations environnementales se joignent au mouvement de solidarité en apportant unsoutien moral et financier à leurs consœurs ukrainienne et polonaise, actuellement focalisées sur la réponse humanitaire d’urgence. Nous exprimons aussi notre solidarité envers les populations exposées à un risque de pénurie alimentaire dans certains pays particulièrement vulnérables, et envers les agriculteurs qui traversent une période d’inquiétude forte face à la volatilité du prix des matières premières, à l’achat comme à la vente.


En revanche, nous condamnons les prises de position hâtives et contre-productives de ces dernières semaines. Certains groupes d’intérêt des secteurs agroalimentaires et énergétiques mènent une campagne de déstabilisation des ambitions du Pacte Vert européen qui, malheureusement, semble faire mouche auprès des décideurs. À les entendre, il faudrait sacrifier la biodiversité des milieux agricoles au nom d’une cause prioritaire : produire plus, assurer notre souveraineté alimentaire européenne et voler au secours de populations menacées par la faim dans le monde. 


À l’analyse, la réalité ne colle pas avec ce narratif. Concernant l’utilisation des terres agricoles, de nombreux autres usages doivent être questionnés avant d’attaquer l’espace pour la nature. En Wallonie, 32% des céréales sont destinées aux agrocarburants, et 46% à l’alimentation du bétail, sans compter l’espace consacré aux sapins de Noël ou les terres agricoles qui sont chaque année définitivement artificialisées. Une situation que l’on retrouve peu ou prou à l’échelle européenne. Concernant les jachères, dont il est tant question depuis quelques semaines, elles ne représentent que 1% de la surface agricole de l’Union européenne (1 millième en Wallonie !) et, en raison de leur nature marginale, leur mobilisation n’apporte aucune réponse crédible à la crise alimentaire qui menace.


Agriculture


Ce qui est en fait visé ici, ce sont toutes les zones encore partiellement naturelles en milieu agricole. Mais ne pas développer un maillage écologique suffisant revient à scier la branche sur laquelle nous sommes assis. La biodiversité agricole est nécessaire, elle peut devenir un outil de production, un outil pour renforcer l’autonomie des exploitations agricoles et permettre de réduire notre dépendance aux pesticides. La nouvelle Politique agricole commune souligne ce rôle en établissant un minimum de 3% de surfaces dédiées au maillage écologique dans les terres de culture en Europe dès l’an prochain, qui contribuera à l’ambition de 10% présente dans le Pacte Vert d’ici à 2030. Ce nouveau pas, certes modeste, a le potentiel
d’atténuer nombre des vulnérabilités mises à jour par la crise actuelle.


Ces petits 3% ne doivent en aucun cas disparaître sous prétexte de résoudre la crise alimentaire. C’est non seulement un leurre, mais une mise en danger du futur de l’agriculture européenne. Selon la Commission elle-même, "La biodiversité est essentielle pour la sauvegarde de la sécurité alimentaire de l’Union comme de celle du monde". Maillage écologique, sécurité et souveraineté alimentaire peuvent et doivent donc se renforcer mutuellement si nous voulons être résilients face aux crises actuelles et à venir.


Emmanuelle Beguin, experte agriculture chez Natagora : "Nous appelons la Commission et les décideurs à faire les bons choix : soit nous produisons pour garantir une alimentation saine et durable aux humains, en nous appuyant sur notre capital naturel, et en améliorant lasouveraineté alimentaire des prochaines générations ; soit nous privilégions une production guidée par des intérêts financiers de court terme et nos enfants le paieront très cher. Opposer la production agricole et la biodiversité est un contresens et une grave erreur stratégique."


 


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