« Ce qui les meut – Paysannes : ongles sales et coeur gros » Pépite à lire, où les gardiennes de nos paysages se livrent à coeur ouvert

Artiste engagée et protéiforme, Christelle Delbrouck n’a de cesse de donner la parole à celleux qu’on entend peu dans l’espace médiatique, que ce soit en télévision, au théâtre ou, dernièrement, par écrit. Dans son ouvrage « Ce qui les meut – Paysannes : ongles sales et coeur gros », paru en avril 2026 aux éditions Academia, elle relate ses pérégrinations wallonnes à la rencontre de paysannes. En résultent quatre portraits sensibles de femmes qui se battent au quotidien pour défendre une agriculture détachée du temps capitaliste.

« Le temps paysan ce n’est pas le temps capitaliste. Ici, le profit touche aux cinq sens, sans compter celui, plus profond, de l’existence même. Peu de monnaie abstraite mais de quoi remplir son assiette. Et la recherche d’une harmonie subtile entre le paysage, leur pensée, leur maisonnée, leur rêve. »

Entre enquête ethnographique, essai politique et poétique, Christelle Delbrouck nous plonge dans le quotidien de ces femmes qui nous nourrissent. Elle y entremêle des thèmes comme la place des femmes en agriculture, les manières de résister, la division genrée du travail ou le rapport au vivant.

« Pour elles, le manque de reconnaissance qu’elles vivent encore au quotidien provient, en grande partie, des rapports verticaux imposés par un modèle de société qui leur convient de moins en moins. Dans le milieu agricole, elles ont l’impression que le pouvoir législatif et les décisions politiques vont à l’encontre d’un mode de vie paysan, respectueux du sol, du Vivant et des Humain.es qui en prennent soin tout en nourrissant leur communauté. »

Elle dresse les constats, d’abord : non-reconnaissance, pénibilité, sexisme ancré ; les solutions, ensuite : mise en réseau, solidarité, capacité de remise en question. Et l’ensemble donne de l’espoir ; comme l’explique l’autrice au journal Alter•Echos  :

« Ce qui m’a le plus surprise (…) c’est leur liberté. On pense que celle-ci se trouve en partant en ville, mais pas forcément. Elles ont quitté pas mal de structures verticales, patriarcales, capitalistes. Elles essaient d’être autonomes, de travailler autrement. Et moi, ça me bouscule, parce que je me rends compte que j’intellectualise beaucoup, alors que les paysannes, à un moment, elles agissent. (…) Ces femmes ouvrent leurs portes, elles partagent, elles expliquent. Et ça fait du bien. Les femmes dans l’agriculture, elles sont là pour renouer le lien avec le vivant. Elles ouvrent les portes des fermes, au sens propre comme au sens symbolique. Et peut-être que la question essentielle aujourd’hui est là : que voulons-nous mettre dans notre assiette, et avec qui voulons-nous le partager ? Parce que remettre les mains dans la terre c’est revoir ce que nourrir propose. Moi, ça m’apaise énormément. Je suis quelqu’un d’assez révoltée, les injustices me mettent en colère. Et là, dans ces fermes, il y a quelque chose de très simple : une poule, un radis, des gens qui discutent… et du lien. Et je pense qu’on en a vraiment besoin aujourd’hui. »

A lire : Christelle Delbrouck, Ce qui les meut. Paysannes : ongles sales et cœur gros, Academia, 2026.

le mercredi 4 novembre 2026 de 15:58 à 16:58

octobre 2026 :

septembre 2026 | novembre 2026

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