Imagine - Toxique Belgique ☣️ Ou comment l’Etat belge participe à la communication de l’industrie des pesticides

Les pesticides et la Belgique... un "gros dossier"

La dépendance de la Belgique aux pesticides la place en tête des pays européens les plus consommateurs et exportateurs de produits phytosanitaires. Derrière cet empoisonnement, un système bien huilé : des multinationales géantes qui demandent des assouplissements règlementaires, attaquent en justice les décisions de limitation et… reçoivent des subventions du SPF Santé publique. Avec un discours implacable : sans pesticides, nous n’aurions bientôt plus rien à manger.

Imagine a mené l’enquête dans les couloirs du pouvoir.

« Toxique Belgique » : 8 infos à savoir

1. Un pesticide ne peut être autorisé que si les substances actives qui le composent sont homologuées au niveau européen. Il ne peut ensuite être mis en vente en Belgique que s’il est autorisé par les autorités belges. En 2025, au moins 421 substances actives étaient autorisées en Europe, dont 267 en Belgique.

2. La Belgique est le quatrième plus gros consommateur de produits phytosanitaires en Europe, derrière Malte, les Pays-Bas et Chypre (quantité/superficie), selon les données de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture.

3. L’industrie se tient proche des arcanes du pouvoir. Lorsque le Parlement wallon crée son registre des représentant·es d’intérêts, Bayer est le premier à s’y enregistrer le 9 octobre 2024. Son agent de pression : Sven Deferme, bien connu de « Big pharma », ancien expert du centre d’étude de la N-VA. Il est aujourd’hui consultant pour Whyte Corporate Affairs, agence de conseil et lobbying.

4. Au niveau fédéral, six organismes figurent au Registre des lobbies de la Chambre : Belfertil, Belplant, Bioplus, Bayer Crop Science, Bayer et BASF. Compliqué de savoir à quel point ils pèsent sur le processus législatif. « Le règlement ne prévoit pas l’enregistrement des contacts entre les lobbyistes et les député·es », indique le service Citoyenneté de la Chambre.

5. En Belgique, le nombre d’autorisations d’urgence pour l’usage de pesticides pourtant interdits est passé de 14 à 74 entre 2011 et 2020. Condamnée par la Cour de justice de l’Union européenne en janvier 2023, la Belgique a ensuite vu son nombre de dérogations chuter, revenant à 22 en 2024.

6. La Wallonie ne possède pas de données officielles et centralisées concernant l’utilisation des pesticides sur son territoire. Elle se réfère donc aux estimations de l’Asbl Corder. Au total, près de 1.570 tonnes de pesticides seraient utilisées par an en moyenne sur le territoire agricole wallon. Un chiffre stable sur les vingt dernières années.

7. Selon l’OMS, l’alimentation représente 80 % de l’exposition humaine aux pesticides, le reste de l’exposition se faisant par voie cutanée, respiratoire et oculaire. Les agriculteur·rices et leurs familles sont en première ligne face aux maladies que ces produits peuvent engendrer.

8. C’est possible mais ce n’est pas simple (pour le moment) de s’en passer. Les agriculteur·rices sont pris en étau entre le lobbying de l’industrie chimique, les exigences de l’industrie alimentaire et la demande de garantie des banques. Des acteur·rices qui les poussent à produire toujours plus et plus vite.

"Toxique Belgique", une enquête à lire dans Imagine n°168, disponible en librairie et sur notre site web.

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