En ce jour de grève générale, dans le contexte global que nous traversons, nous avions envie de partager des textes qui nous invitent à réfléchir au sens du « commun », en portant une attention particulière à ce qu’une lutte n’en invisibilise pas une autre. Les mécanismes de dominations à l’oeuvre sont les mêmes dans le domaine écologique, du travail ou entre humains. Pour leur résister (et les faire tomber !), il nous faut faire alliance, écouter et comprendre, pour mobiliser notre puissance d’agir en fonction de nos capacités et de nos possibilités, en prenant nos responsabilités. Et autant que possible, le faire en cultivant un terreau fertile et joyeux !
Le "communisme du vivant" est une "cosmologie qui insère la lutte des classes dans les mondes vivants dont elle dépend, une politique de la vie ou une biopolitique par en bas contre la croissance illimitée du profit. C’est au cœur d’une praxis qui articule les pratiques des militants écologiques, les luttes ouvrières et les expérimentations d’alternatives et d’autonomie de subsistance que pourra naître de nouvelles communautés. Or, relier théorie et pratique nécessite un territoire, un sol à taille humaine, et pas seulement une carte stratégique afin que cette relation devienne une réalité sensible, incarnée, un chemin de transformation et de création qui se sédimente dans les corps par l’expérience." Paul Guillibert, "Exploiter les vivants : une écologie politique du travail", Éditions Amsterdam, 2023
"Les méga-accumulateurs de puissance que sont les réseaux de machines, monocultures, usines, armées, villes, places financières, data centers, équipes de managers, sociétés par actions, épuisent le nombre incalculable d’êtres et de milieux dont ils dépendent par ailleurs. Le régime de valorisation du capital est une écologie d’épuisement." Léna Balaud, Antoine Chopot, "Nous ne sommes pas seuls", Editions Anthropocène Seuil, 2021
"Face à la montée de l’extrême droite et aux multiples violences produites par la politique de manière générale, la résistance ne peut se limiter à l’indignation ou à la dénonciation. (…) Dans une société où la peur devient le meilleur moyen d’accéder au pouvoir, la confiance en l’avenir et la joie que nous éprouvons à être ensemble sont des armes dont nous ne pouvons pas nous passer, surtout si l’on veut tenir sur le long terme ! La résistance n’a pas à être sombre et austère, elle peut, parce qu’elle rassemble, être un espace de rires, d’enchantement et de réjouissance. Un endroit où l’on se sent vivant. Je suis convaincue que la joie est quelque chose d’infiniment sérieux. Ce sentiment, loin d’être mièvre, est une réponse subversive à un système qui tente de nous isoler en jouant sur nos peurs. (…) J’ai conscience que ce type de discours expose à un procès en idéalisme et en naïveté. A mes yeux, la résistance passe par la capacité à ignorer ces critiques. L’histoire le prouve : les grands bouleversements sont nés dans la tête des rêveurs. Les droits civiques, l’égalité des sexes ? Des utopies devenues réalité. Alors on continue de rêver avec combativité, et on rêve grand. Etre créatif, ce n’est pas fuir la réalité, c’est la transformer à coup d’idées et d’actions. La joie n’est pas une faiblesse, c’est un acte de résistance. Rire de leurs idées rances, c’est déjà les désarmer un peu. On ne demande pas la permission d’imaginer un monde sans extrême droite, on le construit. Maintenant. Pendant qu’ils ressassent le passé, on invente l’avenir." Salomé Saqué, « Résister », Editions Payot, 2024
"On pourrait presque affirmer l’évidence, depuis deux siècles, d’une nouvelle condition respiratoire. Un air nouveau, une situation inédite face aux vivants, marquée par l’industrialisation à outrance, l’extractivisme et l’exploitation généralisée des énergies fossiles, la déforestation (l’attaque de ces "poumons" cosmiques que sont nos forêts), l’asphyxie progressive des sols, les sécheresses, les incendies à répétition, le conditionnement général de l’air. Pour respirer en effet il faut de l’air, mais il faut surtout une qualité de liens, de paysages, d’avenirs, beaucoup d’autres personnes avec qui respirer, en qui espérer, et qui puissent se respirer en vous ; Tout un monde en vérité. C’est participer à ce qui existe et de ce qui existe [...] Prendre part au vivre tout entier donc, y contribuer. [...] La respiration, c’est le contraire exact, et suffisant, de la séparation. Il est temps d’affirmer, comme l’a fait Achille Mbembe au début de la pandémie, un "droit universel à la respiration". Et ce droit à la respiration, ce n’est pas "uniquement" le droit pour chacun de respirer dans des milieux dépollués ; non, c’est le droit à une vie respirable, c’est-à-dire désirable, une vie qui vaut la peine, une vie à laquelle tenir. C’est le droit d’attendre beaucoup de la vie (la vie avec, auprès, parmi) : l’espoir de fraterniser dans la respiration, l’espoir de détoxiquer nos quotidiens et de respirer enfin avec les autres. Respirer avec, "conspirer" si l’on veut. Tenter d’être un respirant, une respirante, une qui respire, et se dire qu’on est là pour ça, pour faire exister ça le plus possible. Quitte à perler, penser, courir, espérer." Marielle Macé, « Respire », Editions Verdier, 2023
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