Offre alimentaire et santé : il faut que le gouvernement se hisse à la hauteur des enjeux !

Les acteurs de la promotion de la santé, FIAN Belgium et leurs alliés dont AIA et RdC, manifestent leur mécontentement face à l’embourbement du Plan fédéral Nutrition Santé. Alors que ce dernier pourrait être un véritable levier pour améliorer l’accès à une offre alimentaire de qualité, notamment en réglementant le marketing alimentaire, le Ministre Frank Vandenbroucke semble faire le choix d’un plan en demi teinte sous la pression des lobbys agroindustriels. La santé publique doit être prioritaire sur les intérêts industriels !!! Cette évidence, martelée par l’OMS depuis 2004, ne serait-elle toujours pas entendue ?
 

Carte blanche à lire ici dans le journal le Soir : https://www.lesoir.be/540760/article/2023-10-02/offre-alimentaire-et-sante-il-faut-que-le-gouvernement-se-hisse-la-hauteur-des

Carte blanche -

Par la Fédération bruxelloise de promotion de la santé ; Service d’Information, Promotion, Education Santé (Sipes-ULB) ; FIAN Belgium ; Nos Oignons ; Plateforme Prévention Sida ; Cultures&Santé ; Promo Santé & Médecine Générale ; Solidaris ; Coalition Santé ; Fédération des maisons médicales ; L’Entr’aide des Marolles ; FedeAU - Fédération bruxelloise des professionnel.le.s de l’Agriculture Urbaine ; Centre bruxellois de Promotion de la Santé (CBPS) ; Cuisines de quartier ; Mutualité chrétienne ; Rencontre des Continents ; Asbl Tandemmm ; VRAC Bruxelles ; Agroecology in Action


Temps de lecture : 4 min

 

Trop gras, trop salés, trop sucrés, une large part des produits alimentaires
proposés à la population peuvent en réalité être néfastes pour sa santé
quand ils sont régulièrement consommés. En 2018, près de la moitié de
la population en Belgique était en surpoids et plus d’une personne sur
sept était obèse. A 65 ans, un Belge a 60 % de risque d’avoir une ou
deux maladies chroniques liées à l’alimentation (hypertension, diabète,
maladie cardiovasculaire, certains cancers…). Ces effets suivent un
gradient social, ils sont exacerbés sur les personnes en situation de
précarité. Par ailleurs, un contrôle excessif de son alimentation et une
image de soi altérée peuvent affecter la santé mentale d’un individu,
notamment des plus jeunes. Plus de 3,3 milliards d’euros sont dépensés
chaque année par la sécurité sociale pour traiter les maladies en lien
avec l’excès de poids, aucune place adaptée n’étant donnée à la
prévention et à la promotion de la santé. Enfin, en 2021, 11 % des décès
sont imputables à une mauvaise alimentation.

Nous, professionnel·les de la promotion de la santé et proches allié·es,
demandons un changement impératif de perspective en mettant en place des
mesures fortes et utiles pour améliorer l’offre alimentaire dans les
différents lieux de vie en vue d’améliorer la santé de la population.

Un déséquilibre flagrant

On peut blâmer le consommateur, on a beau chercher à « l’éduquer », à le
« responsabiliser », contrôler les boîtes à tartines dans les écoles…
Les améliorations restent et resteront marginales dans un contexte où
l’offre alimentaire accessible géographiquement et financièrement est
essentiellement défavorable à la santé. Sciensano a récemment rapporté
qu’en Flandre, les enseignes de grande distribution « proposent » en
moyenne 3,6 mètres de produits alimentaires favorables à la santé
(fruits et légumes frais ou surgelés…) pour 10 mètres de produits
défavorables à la santé (snacks salés et sucrés, confiseries et
biscuits, sodas…).

La course au prix bas et la praticité des produits ultra-transformés poussent à négliger la qualité au détriment de la santé, mais aussi de l’environnement et des conditions de travail
et de vie des producteurs, productrices et salarié·es du secteur
alimentaire au sens large. La pression marketing et publicitaire pour
les fast-foods et les sodas est partout, et pousse tout un chacun à
inclure ces aliments dans son quotidien. Cette pression est encore plus
forte sur les publics précaires.

Combien de rapports internationaux, combien de déclarations d’intention,
combien de publications scientifiques seront-ils encore nécessaires pour
que la santé publique soit prise en compte à la hauteur de ces enjeux ?
L’État a un rôle majeur à jouer dans ce contexte. Et il le reconnaît :
l’accord de gouvernement de 2020 prévoyait explicitement de « lutter
contre la mauvaise alimentation », pour établir « un environnement sain » (p. 15).

Agir sur l’information

Il existe notamment la promesse d’un nouveau Plan Fédéral Nutrition-Santé
(PFNS) qui pourrait agir sur l’information nutritionnelle du
consommateur : en promouvant plus largement le Nutriscore (y compris au
niveau des instances européennes) et en le rendant obligatoire sur tous
les produits alimentaires, en réglementant le marketing à destination
des consommateurs, notamment et surtout des enfants, en régulant les
prix par des taxes sur les produits défavorables à la santé et par des
subsides pour les produits essentiels à la santé, notamment les produits
frais, bruts. L’interdiction du marketing à destination des enfants
pour les produits défavorables à la santé est déjà en vigueur dans
d’autres pays, comme au Pérou ou au Canada.

À lire aussi Un plan pour manger équilibré en maison de repos

Rappelons également qu’il est nécessaire que les filières de
production et de transformation respectent la santé des travailleurs et
des travailleuses, et de la planète. Entre l’usage intensif de la chimie
et l’emploi systématique de machines, ces métiers sont parmi les plus
dangereux. Certes, le PFNS ne suffira pas à changer le système
alimentaire, mais engager de telles réflexions serait un pas
significatif.

Pour un Plan contraignant

Or, malgré les promesses lancées précédemment, le Ministre Vandenbroucke
n’a pas réussi jusque-là à faire adopter un plan utile. Le lobbying des
intérêts économiques, comme c’est le cas au niveau européen et dans de
nombreux pays, de la part notamment des entreprises multinationales de
l’agro-industrie, n’est pas étranger à ce retard. Rappelons que depuis
2004, l’OMS encourage, de façon répétée, les États à agir vigoureusement
pour tendre vers une alimentation et une activité physique favorables à
la santé des populations.

Restant vigilants sur la proposition de mesures très concrètes, nous réclamons un plan qui améliore de manière significative les conditions d’information de la population sur la
valeur nutritionnelle des aliments, qui encadre strictement le marketing
des produits malsains, et qui fasse en sorte que les prix des produits
alimentaires reflètent leur impact sanitaire, social et environnemental.
Un plan qui oblige les entreprises, et ne se contente pas de compter
sur leur « autorégulation » ou leur volontariat. Un plan qui porte le
champ d’action et de responsabilité au plus haut niveau politique. Car
ce plan sera valable pour au moins 5 ans, mais il sera crucial pendant
des décennies en créant – ou pas – les conditions indispensables à la
promotion de la santé de toute la population.

 

 

 

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