Resister aux nouveaux fascismes Hors-Serie de la revue Socialter

Garder les yeux ouverts dans un océan de «  merde  »

Ce numéro spécial de Socialter a deux vocations  : d’abord permettre d’étayer le constat, de se poser la question des modalités et des causes de la fascisation, puis mettre en lumière des exemples de résistances. Si l’extrême droite progresse indéniablement dans de nombreux pays, voire y gouverne déjà, elle ne le fait pas sans rencontrer de fortes résistances.

Lien avec l’actualité belge :

En Belgique, ce vendredi 3 avril, le Conseil des ministres examinera à nouveau un avant-projet de loi modifiant la loi du 15 décembre 1980 sur l’accès au territoire, le séjour, l’établissement et l’éloignement des étrangers, en ce qui concerne la visite domiciliaire. La LdH et d’autres associations alertent sur la dangerosité de cette loi à travers une très récente carte blanche 

Extraits de l’édito de Salomé Saqué :

Hélas, si elle est la plus spectaculaire, l’érosion accélérée de la démocratie aux États-Unis n’est pas un cas isolé. Car la dynamique néofasciste est aujourd’hui internationale. […]

Aux États-Unis, en Hongrie, en Italie, mais aussi en Amérique du Sud, ces partis abîment la justice, la presse indépendante, le milieu associatif, les droits humains. Elles stigmatisent voire persécutent les minorités, imposent une vision discriminante du monde. [...]

Le contrôle croissant de l’information par des milliardaires réactionnaires et la propagation méthodique des mensonges et intox poussent ces forces vers le pouvoir. De Vincent Bolloré à Elon Musk, les oligarques de la tech comme les capitaines d’industrie plus classiques achètent de l’influence, et deviennent des faiseurs de rois [...]

Pire, les «  technofascistes  » développent des outils technologiques au service de ces pouvoirs. L’entreprise Palantir de Peter Thiel, soutien de la première heure de Trump, a ainsi conçu les logiciels pour traquer les citoyens américains. [...]

Le trumpisme, comme les autres formations d’extrême droite, s’attaque aux universités, aux données scientifiques, aux livres, aux journalistes, à tout ce qui crée et diffuse du savoir. Tout ce qui permet une réflexion construite, tout ce qui permet de penser et
s’approcher au plus près de la vérité. Car pour reprendre les termes de Nietzsche, si «  rien n’est vrai, tout est permis  »
[...]

Or c’est exactement le projet  : dire que chacun peut avoir «  sa vérité  ». Les faits deviennent donc des opinions comme les autres, et si tout le monde n’adhère pas aux mensonges, plus personne ne sait quoi et qui croire. [...]

L’extrême droite prospère aussi sur l’isolement. Elle se nourrit des inquiétudes de toutes les personnes qui, tétanisées, se sentent honteuses de ne «  pas faire assez  » et qui finissent par ne rien faire du tout. [...]

Si les citoyens et citoyennes sont persuadés que tout est fini, que l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir est inéluctable, pourquoi se mobiliser  ?

Cette conviction annihile la possibilité du passage à l’action. De même que le déni et le désinvestissement politique engendrent aussi l’inaction, et donc, un danger collectif. C’est ce que Stéphane Hessel dénonçait en son temps dans son célèbre essai Indignez-vous (Indigène éditions, 2010)  : «  La pire des attitudes est l’indifférence, dire “Je n’y peux rien, je me débrouille”. En vous comportant ainsi, vous perdez l’une des composantes essentielles qui fait l’humain. Une des composantes indispensables  : la faculté d’indignation et l’engagement qui en est la conséquence.  »

Or pour s’indigner, il faut être capable d’une chose fondamentale  : garder espoir. Je sais que le mot peut agacer, sonner comme une injonction au positivisme. Mais l’espoir auquel je fais référence ne nie pas la violence du monde, ni ne la relativise. Le désespoir est un outil politique. Garder espoir en est un autre. C’est même une condition essentielle d’efficacité.

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A consommer et partager sans modération aux ami·es, collègues, camarades... et à la famille aussi, si cela s’y prête ;-) 

Bonne lecture !

L’équipe de RdC,

Hors-Serie de la revue Socialter

avril 2026 :

mars 2026 | mai 2026

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